La « tempête du siècle » au Texas - Pourrions-nous, nous aussi, être pris au dépourvu par la météo ?

Ce texte a été rédigé par Lari Järvenpää, Head of Market Intelligence chez Fortum. Il fait partie d'une série d’articles produits par l'unité TAO (Trading and Asset Optimisation) de Fortum.

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En 1972, devant l’Association américaine pour l’avancement des sciences (AAAS), le scientifique Edward N. Lorenz a prononcé un discours intitulé "Le battement d'ailes d'un papillon au Brésil déclenche-t-il une tornade au Texas ?" À la mi-février 2021, tous les experts du secteur de l'énergie ont suivi les événements chaotiques qui se déroulaient au Texas - cette fois non pas à cause d'un battement d'ailes de papillon, mais à cause d'un système électrique qui s’effondrait comme un château de cartes.

Tous ces événements en cascade ont été provoqués par le froid extrême qui s'est installé au Texas et dans les États voisins, obligeant les ménages à pousser au maximum leurs chauffages électriques. Aujourd'hui, environ deux tiers des ménages texans disposent d'un chauffage électrique, soit direct, soit par l'intermédiaire d'une pompe à chaleur. Cela a entraîné une augmentation soudaine de la demande électrique, bien au-delà des hypothèses les plus pessimistes de l’exploitant du réseau électrique texan, ERCOT.

Dans le même temps, l'approvisionnement en électricité a commencé à faire défaut. On entend souvent que des pannes d’éoliennes portent l’entière responsabilité de ces événements. Si certaines éoliennes ont en effet cessé de fonctionner en raison d’une adaptation inadaptée des pales aux conditions météorologiques extrêmes, l'impact de la défaillance de la production à base de gaz naturel a été bien plus important : les gazoducs et les équipements des centrales électriques ont gelé et les rares réserves de gaz ont été détournées vers le chauffage des bâtiments. Enfin, un réacteur nucléaire et une partie de la production d'électricité à partir du charbon ont été mis hors service, en raison des mêmes conditions météorologiques ayant touché la production éolienne. Au total, ces pannes ont entraîné une indisponibilité de la production de plus de 30 GW à une période où elle était le plus nécessaire.

Par conséquent, l’exploitant du réseau a eu recours à des coupures mobiles, qui, dans le pire des cas, étaient d'une ampleur supérieure à celle de la charge de pointe historique de la Finlande. Des millions de foyers ont ainsi été privés d'électricité pendant des heures et des jours, et ceux qui ont réussi à rester alimentés grâce à des contrats basés sur le prix du marché ont reçu des factures d'électricité de l'ordre de plusieurs milliers de dollars.

Quelles sont les leçons à en tirer ? Des événements similaires peuvent-ils se produire en Europe ?

Un marché utilisant uniquement le prix de l’électricité comme variable d’équilibrage, comme celui du Texas, accepte par construction les situations (rares) de délestage et de pannes sporadiques comme le résultat le plus optimal en termes de coûts. Le marché électrique fournit des signaux de prix crédibles et suffisamment élevés pour que les investisseurs, investissent dans des capacités de pointes pour répondre à ces besoins très rares, mais possibles.

En théorie, tout cela fonctionne très bien. En pratique, il est probable que les consommateurs souhaitent éviter ces situations, et par conséquent soient prêts à payer pour s’assurer contre de tels événements. En parallèle, les sociétés du monde entier sont, à juste titre, de plus en plus ambitieuses pour leurs plans de réduction des émissions de CO2, dont l'électrification sera l'un des principaux piliers,. Si cette évolution est nécessaire sur le plan énergétique, cette électrification massive signifie de plus en plus de mettre tous nos œufs dans le même panier.

Par conséquent, les événements du Texas vont nécessairement stimuler le débat sur la résilience des systèmes énergétiques en Europe et dans les pays nordiques. Malgré les différences nettes entre notre système électrique et celui du Texas (par exemple, un niveau nettement plus élevé de la capacité d'interconnexion régionale, l’habitude et l’adaptation à des climat nettement moins cléments), le défi reste globalement le même. Comment faire en sorte que l'infrastructure électrique reste résiliente, à un coût acceptable ; et qu'elle puisse servir de standard central et fiable pour les activités d'une société neutre en carbone ? Comment financer tous les investissements, et assumer les risques ? Les ménages compteront-ils de plus en plus sur leur propre production d'appoint s'ils perdent confiance dans la sécurité d'approvisionnement des infrastructures ? Aurons-nous besoin de stockages stratégiques d'hydrogène à l'avenir, en lieu et place des stockages de pétrole ?

Aujourd'hui, l'étoile du Texas brille à nouveau et le pire est derrière nous - mais des questions, des discussions et, espérons-le, des conclusions continueront à émerger suite à ces évènements.